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En bref
La proposition de résolution vise à créer une commission d’enquête parlementaire sur la fraude au chômage partiel, l’utilisation de fonds publics et la responsabilité de l’État dans le naufrage du groupe Hopps et sa
Qui est concerné ?
Les salariés licenciés, les contribuables ayant financé les aides et les services de l’État chargés du contrôle sont directement concernés.
À retenir
11 000 salariés licenciés, le plus grand plan de licenciement en France depuis quarante ans.
Fraude au chômage partiel de 16 millions d’euros durant la crise Covid, jugée par le conseil des prud’hommes le 12 novembre 2024.
Malgré les difficultés dès 2019, l’État efface 21 M€ de dettes, injecte 65 M€ et cède un immeuble de 19 M€.
Marché public de 94 M€ attribué en 2021 pour la distribution électorale, entraînant un fiasco démocratique.
Le CIRI accorde des moratoires de 86 M€ (2021) et 64,5 M€ (2022), puis un cautionnement en 2023.
Alerte du lanceur d’alerte classée sans suite en juin 2025 par le ministère du Travail.
Objectif
Créer une commission d’enquête pour examiner l’attribution et le contrôle des fonds publics, la fraude au chômage partiel et les défaillances de l’État dans le dossier Hopps-Milee.
Résumé
Le groupe Hopps et sa filiale Milee ont fait l’objet d’une liquidation judiciaire entraînant 11 000 licenciements. Une fraude au chômage partiel de 16 millions d’euros a été révélée et jugée, tandis que des fonds publics importants ont été mobilisés malgré des difficultés connues. La proposition demande d’enquêter sur les conditions d’attribution de ces aides, les défaillances de contrôle et le classement sans suite de l’alerte en juin 2025.
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Exposé des motifs
M esdames , M essieurs , L’affaire Milee (ancienne société Adrexo, filiale du groupe Hopps) représente un scandale financier et social d’une ampleur exceptionnelle. La liquidation judiciaire de l’entreprise s’est traduite par le plus grand plan de licenciement observé en France depuis quarante ans, avec 11 000 salariés licenciés. Surtout, cette affaire soulève des questions fondamentales sur l’utilisation et le contrôle de l’argent public. Au cœur de ce dossier figure une fraude au chômage partiel de 16 millions d’euros durant la crise Covid, révélée par le média Blast et actée le 12 novembre 2024 par un jugement du conseil des prud’hommes d’Aix‑en‑Provence, qui a donné raison à l’ex‑salarié M. Bruno Justet. Face à ce détournement caractérisé de l’argent des contribuables, une question politique centrale se pose : pourquoi l’État refuse‑t‑il de s’emparer de cette affaire nationale, abandonnant les salariés à des recours individuels isolés alors qu’il s’agit d’un préjudice systémique ? Plus grave encore, l’alerte officielle de M. Bruno Justet a été classée sans suite par le ministère du Travail en juin 2025. Cette passivité administrative cache de nombreuses zones d’ombre que la représentation nationale doit impérativement éclaircir. Par ailleurs, la trajectoire financière du groupe Hopps est jalonnée d’anomalies majeures qui appellent une clarification sur le rôle des services de l’État. Dès 2017, lors du rachat d’Adrexo, l’État a consenti une générosité aberrante aux repreneurs : un effacement de 21 millions d’euros de dettes publiques, l’injection de 65 millions d’euros de cash et la cession d’un immeuble valorisé à 19 millions d’euros. En 2021, en dépit de difficultés financières identifiées par l’État dès 2019, le groupe se voit attribuer un marché public de 94 millions d’euros pour la distribution des professions de foi aux élections régionales, qui s’est traduit par un fiasco démocratique total. Selon le média Librinfo74 , les alertes des élus auprès du procureur de la République ont essuyé une fin de non‑recevoir. Par la suite, le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), logé à Bercy, a maintenu artificiellement le groupe en vie par des moratoires massifs : près de 86 millions d’euros en 2021 et 64,5 millions d’euros en 2022, complétés par un ultime cautionnement de prêt en 2023 (selon Adrexo ‑ FO ). Comment la fraude au chômage partiel a‑t‑elle pu échapper à la surveillance d’un comité censé contrôler les comptes depuis – au moins – 2019 ? Et pourquoi les pouvoirs publics se sont‑ils obstinés à maintenir sous perfusion financière une entité dont les dysfonctionnements se répétaient à chaque nouvelle échéance ? Parallèlement à ces flux publics, les choix financiers des dirigeants interrogent sur une volonté délibérée d’organiser l’insolvabilité de la structure. En 2022, le groupe vend sa filiale bénéficiaire, Colis Privé, à l’armateur CMA‑CGM pour près de 600 millions d’euros. Pourtant, en 2023, alors que la trajectoire de Milee est condamnée, les actionnaires s’octroient 70 millions d’euros de dividendes avant de déclarer le dépôt de bilan. Cette faillite a été entièrement transférée à la collectivité, la Cour de cassation ayant validé une liquidation totale laissant l’Association pour la gestion du régime de garantie des créances des salariés (AGS) assumer seule le coût social exorbitant des 11 000 licenciements. Face à une telle privatisation des profits couplée à une socialisation des pertes, le manque de vigilance des institutions interroge lourdement. Il y a là un paradoxe d’une indécence redoutable qu’il nous faut éclaircir : alors que le gouvernement impose depuis presque dix ans au pays des coupes budgétaires strictes au nom de la réduction du déficit public, comment a‑t‑il pu laisser s’évaporer une telle manne financière sans réagir ? Ce dossier met également en lumière un « deux poids, deux mesures ». Alors que de nombreux petits commerçants ont été condamnés au pénal pour le même motif (chômage partiel) mais pour des sommes bien moindre, les dirigeants de Hopps échappent aux poursuites malgré des enregistrements audios accablants diffusés par Blast ( « Si on peut voler 16 millions à l’État » ) et malgré leur condamnation aux prud’hommes en novembre 2024. Devant les juges, la défense du groupe a soutenu que « seul l’État » avait le droit de réclamer le remboursement des fraudes, misant ouvertement sur l’inertie publique – ce qui est le cas. Cette impunité se double d’un véritable mur institutionnel contre le lanceur d’alerte M. Bruno Justet. En effet, le 10 juin 2025, la Direction générale de l’emploi et de la formation professionnelle (DGEFP) a clos son alerte administrative par un « classement sans suite », étouffant les signalements portant sur les dysfonctionnements de la Direction départementale de l'emploi, du travail et des solidarités (DDETS) 13 et de l’inspection du travail locale. Les organisations syndicales, à l’instar du syndicat indépendant CAT de Milee, confirment que la manne publique a surtout servi à engraisser la holding et des dirigeants qui ont profité d’un chantage à l’emploi pour forcer la main de Bercy. Si c’était avéré, il serait politiquement inacceptable que l’État ait cautionné des mécanismes permettant à des multimillionnaires de s’enrichir sur des fonds publics avant d’externaliser l’intégralité de leurs pertes sur les salariés et les contribuables. Cette commission d’enquête a ainsi pour but d’instruire les défaillances de l’État dans le contrôle de ses propres deniers, d’évaluer la pertinence des décisions du CIRI et de comprendre les motifs exacts du classement administratif de l’alerte en juin 2025. Tel est l’objet de la présente proposition de résolution.
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