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Intervenant non identifié par la source
Quel est l’avis du gouvernement ?
Pierre Pribetich
Quel rapport avec le texte ?
Intervenant non identifié par la source
Quel est l’avis de la commission ?
Yannick Neuder
Avant de saluer l’initiative transpartisane qui nous réunit et de préciser le calendrier que prévoit la feuille de route du gouvernement, je reviendrai brièvement sur la définition du chemsex. Cette pratique consiste à combiner sexe et prise de drogues de synthèse, dans l’objectif de faciliter, de prolonger ou d’intensifier les rapports grâce aux effets psychoactifs et stimulants des produits consommés. Souvent associée à la désinhibition et au plaisir par les usagers, la pratique du chemsex n’a pourtant rien d’un comportement sexuel libérateur. Bien au contraire, elle constitue une spirale d’enfermement dans l’addiction. Une fois pour essayer, de temps en temps, de plus en plus souvent : de fil en aiguille, beaucoup n’arrivent plus à envisager de sexualité sans drogue. Cela correspond à la définition de la dépendance proposée par le docteur Pierre Fouquet, psychiatre, qui la décrivait au début des années 1970 comme « la perte de la liberté de s’abstenir ». Ainsi, les prises se poursuivent, et les doses augmentent pour que les substances continuent de faire effet : cathinones, méthamphétamines, certains se tournent même vers des produits du quotidien détournés de leur usage comme le GBL, un décapant chimique pour les jantes de voitures utilisé comme euphorisant que vous avez été nombreux à citer. Les conséquences sont pourtant très graves. Elles concernent d’abord la santé physique : outre les multiples complications cardiaques – dont je peux témoigner en tant que cardiologue – et les overdoses, la consommation intraveineuse expose à des risques bactériens ; plaies, abcès et nécroses entraînent des dommages potentiellement irréversibles, voire mortels en cas de septicémie. La semaine dernière encore, une soirée a viré au drame à Bordeaux ; en décembre dernier, un jeune homme de 21 ans est décédé à Tourcoing. Il y a aussi des conséquences pour la santé sexuelle : le risque d’infection sexuellement transmissible est accru par les conduites à risques que favorisent les produits. Enfin, cette pratique compromet la santé mentale – grande cause nationale pour 2025 : à l’addiction s’ajoutent les risques de dépression, de psychose, d’isolement social et de décrochage académique ou professionnel. Si le chemsex est fréquemment associé aux milieux urbains et festifs – on pense ici à la médiatique affaire Palmade –, si cette pratique touche majoritairement les communautés HSH – les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes – et si l’âge médian de ceux qui s’y adonnent est de 37 ans, le phénomène s’est étendu à tous les milieux et à tous les âges ces dernières années. Les villes moyennes, les communes rurales et la jeunesse, hétérosexuelle comme homosexuelle, sont plus exposées, notamment parce que l’accès aux produits de synthèse est devenu plus facile sur internet, via les réseaux sociaux et les applications de rencontres. Dans un rapport rendu le 17 mars 2022 au ministre de la santé, le professeur Amine Benyamina estimait que le phénomène concernait entre 100 000 et 200 000 personnes. Il appelait à renforcer notre réponse globale par des mesures de prévention et de réduction des risques à destination de ces personnes et par l’amélioration de leur prise en charge. Tel est bien l’objectif de cette proposition de résolution, initiative transpartisane que je tiens à saluer, qui appelle l’attention sur la nécessité d’une stratégie nationale visant à lutter contre ce phénomène. Je tiens en particulier à saluer Mme Brigitte Liso, qui s’est emparée de cet enjeu avec conviction. Je connais son investissement de longue date en faveur de la prévention et de la santé sexuelle, notamment au sein du groupe d’études VIH et sida. Ces sujets me tiennent également à cœur. Je veux souligner la dynamique transpartisane en faveur de cette résolution. Je ne pourrais citer tous les parlementaires, issus de différents groupes, qui y ont contribué ; certains d’entre eux se sont exprimés cet après-midi, comme MM. Delaporte, Peu et Peytavie. Cette dynamique dépasse d’ailleurs cet hémicycle, puisque de nombreux sénateurs, comme le président Patrick Kanner, mais aussi beaucoup d’élus locaux et de responsables associatifs, ont signé au mois d’octobre une tribune dans le même sens. Enfin, nous saluons tous l’engagement de Jean-Luc Romero et de l’ensemble des élus locaux sur ces sujets. Ce n’est pas la première fois que l’Assemblée nationale se saisit d’un problème de santé publique pour promouvoir notre action face à de nouvelles pratiques ou à de nouveaux produits qui menacent notre santé collective. Je pense naturellement à la mobilisation au sein de tous les groupes parlementaires qui a permis d’adopter de manière unanime et définitive la proposition de loi visant à interdire les puffs, ou à la lutte contre les usages détournés du protoxyde d’azote – l’investissement des sénateurs et des députés a permis de mieux encadrer la vente de ce produit. Je m’en réjouis, car cela prouve que la méthode que je veux privilégier – construire nos politiques de santé avec le Parlement – fonctionne. Quelle est la feuille de route ? Elle commence par la pérennisation des centres de santé et de médiation en santé sexuelle (CSMSS), d’ailleurs votée par le Parlement dans la dernière loi de financement de la sécurité sociale. Issus d’une expérimentation permise par l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018, ces centres entreront dans le droit commun cette année. Grâce à la pluridisciplinarité des professionnels qui s’y investissent – infectiologues, psychologues, addictologues –, les CSMSS ont la capacité de développer des parcours complets de prévention, de réduction des risques et de prise en charge pour les personnes pratiquant le chemsex, qui représentent environ 40 % de leur file active. Lesdits parcours se combinent avec d’autres démarches de santé sexuelle, telles que le dépistage ou la délivrance de la Prep. L’approche combinée que je défends consiste aussi à mobiliser localement tous les acteurs – qu’ils soient professionnels de santé, membres d’associations, comme Act Up, élus locaux ou personnels des ARS – investis dans les centres de santé sexuelle, les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic ou les centres de santé communautaires. Ces structures de terrain sont en première ligne : elles permettent de déployer dans chaque territoire des actions ciblées qui répondent à des besoins identifiés. Votre proposition de résolution ne dit pas autre chose, madame Liso. Je cite mot pour mot votre exposé des motifs, car je n’aurais pas formulé la chose autrement : « Une politique nationale devra être déclinée dans chaque territoire avec l’appui des agences régionales de santé et des collectivités, afin de construire les réponses les plus adaptées, selon les besoins locaux. » Les exemples sont très nombreux. Chez moi, en Auvergne-Rhône-Alpes, le centre de santé d’approche communautaire lyonnais « Le Griffon », dont la création a été soutenue par l’ARS et l’assurance maladie, propose des consultations spécialisées sur le chemsex. On pourrait aussi mentionner l’expérimentation menée depuis trois ans dans le territoire de l’Artois, dans le Pas-de-Calais, par l’ARS Hauts-de-France : elle vise à fédérer un véritable « réseau chemsex » mobilisant le centre hospitalier de Lens, le Cegidd, le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) et les associations du territoire. Cela permet notamment de former les professionnels accompagnant les usagers à leur prise en charge spécifique et de définir des protocoles d’accompagnement communs à l’ensemble des structures d’accueil. Pour renforcer cette dynamique, une expérimentation très prometteuse, Arpa-chemsex – accompagnement en réseau pluridisciplinaire amélioré –, financée par le fonds de lutte contre les addictions, est en cours. Développée conjointement par la Fédération addiction et par l’association Aides, elle a permis de mettre en place, dans six villes pilotes – Aix-Marseille-Provence, Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier et Paris –, une offre d’accompagnement en réseau pluridisciplinaire spécifiquement pensée pour les personnes pratiquant le chemsex. Le projet vise à rapprocher les structures appartenant au champ de la santé sexuelle de celles qui relèvent de l’addictologie et de la santé mentale, dont l’importance est tout aussi cruciale. Une telle méthode correspond tout à fait à l’approche transversale et populationnelle qui est au cœur de votre proposition de résolution. C’est également le fil conducteur de la feuille de route de la stratégie nationale de santé sexuelle, dont la prochaine édition est justement prévue pour 2025. Le projet Arpa-chemsex prend fin mi-2025. Une première restitution intermédiaire, organisée par la direction générale de la santé (DGS) en novembre 2024, a permis d’établir qu’il répond en très grande partie aux demandes formulées dans votre proposition de résolution, madame la rapporteure. Sous réserve d’une évaluation définitive positive, son déploiement et sa promotion pourraient être arrimés à la stratégie nationale de prévention que vous appelez de vos vœux ; l’expérimentation serait ainsi intégrée à notre nouvelle feuille de route globale sur la santé sexuelle – dans ce domaine, je l’ai dit, les travaux et les concertations préparatoires sont en cours d’achèvement. J’attends notamment le rapport du Haut Conseil de la santé publique (HCSP), que nous espérons recevoir avant l’été. Ce sera l’occasion de renforcer notre engagement à accompagner les personnes pratiquant le chemsex et à protéger les plus vulnérables, les communautés les plus exposées ainsi que les jeunes, contre les risques associés à cette pratique. Vous l’avez compris, je souhaite que nous concrétisions ensemble cette nouvelle feuille de route à la rentrée de septembre 2025. Mesdames et messieurs les députés, votre mobilisation, qui a embarqué l’ensemble des acteurs concernés, a permis de donner une visibilité nouvelle à ce sujet : désormais, on parle – et on ose parler – de plus en plus du chemsex. C’est déterminant car pour pouvoir mettre en œuvre des politiques publiques efficaces sur un sujet aussi complexe et sensible, qui mêle l’intime et l’illicite, il faut aussi que la parole puisse se libérer. C’est à cette condition qu’il sera possible de sensibiliser le grand public sans stigmatiser, mais également d’atteindre les plus exposés pour qu’ils bénéficient de l’accompagnement et des soins dont ils ont besoin. Je remercie donc l’ensemble des parlementaires : vous pouvez compter sur moi pour continuer à travailler et à avancer avec vous, afin de donner corps à votre engagement. Je vous donne rendez-vous en septembre prochain pour le lancement du plan « chemsex 2025 » ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR.)
Arthur Delaporte
Il y a moins d’une semaine, à Bordeaux, l’ancien directeur des services pénitentiaires de Toulouse est tragiquement décédé d’un syndrome asphyxique lors d’une soirée chemsex. Cette actualité brutale témoigne de l’importance de cette proposition de résolution et de la nécessité d’un appel au sursaut du gouvernement afin qu’il se saisisse du sujet et lutte contre un phénomène qui touche tout le monde, dans l’ensemble des classes sociales, et à commencer par les plus vulnérables. « Le chemsex m’a pris beaucoup de choses : ma joie, mon temps, une partie de ma jeunesse, de la thune » : ces mots sont ceux d’Aubin, que l’on peut suivre dans le poignant documentaire réalisé par Christo Roussev et Julie Robert, qui met en lumière ce phénomène grave. Il s’agit d’un problème de santé publique, trop longtemps resté tabou, auquel les pouvoirs publics apportent une réponse encore insuffisante, si ce n’est lacunaire. Mettre en lumière le chemsex, ses dangers et, surtout, les moyens qu’il faut urgemment débloquer pour accompagner les personnes dépendantes : voilà ce que l’Assemblée s’apprête à faire aujourd’hui. C’est un pas immense, compte tenu du point de départ. Je tiens d’ailleurs à saluer le travail entrepris par notre collègue Brigitte Liso, présidente de 2022 à 2024 du groupe d’études VIH et sida de l’Assemblée nationale, et qui a porté à bout de bras ce projet. On ne peut pas se contenter d’évoquer les affaires médiatiques, à commencer par l’affaire Palmade en 2023, qui a placé le sujet au cœur du débat public. Il est nécessaire d’appréhender la dispersion sociale du phénomène, sans mot blessant, ni tabou. L’exclusion n’est pas une réponse. Je sais la difficulté à laquelle les victimes sont confrontées. Le tabou de l’utilisation de drogues lors d’un rapport sexuel peut en effet conduire à ne pas appeler les services de secours. La question de la répression policière a été évoquée par plusieurs des personnes que nous avons auditionnées : quand on appelle les pompiers, on court toujours le risque que la police débarque en même temps ; du coup, on décale l’intervention des secours, ce qui accroît le danger. Mettre le chemsex en lumière, c’est aussi parler chiffres et demander que l’État fasse un véritable travail de recension et de surveillance. Les rares données dont on dispose – et je salue les professionnels de santé mobilisés sur le sujet – sont extraordinairement inquiétants. La revue Psychotropes , dans un numéro de 2024 consacré au chemsex, donnait les résultats d’une enquête sur le rapport au sexe : 13 % des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ont déclaré avoir pratiqué le chemsex ; les facteurs de risques sont nombreux : une situation financière défavorable, avoir fait une tentative de suicide, ne pas utiliser systématiquement de préservatif, vivre avec le VIH ou avec une hépatite C… Les produits les plus utilisés sont la 3-MMC, le GHB et la méthamphétamine ; ce sont des psychotropes puissants dont il est prouvé qu’ils conduisent à l’addiction. En trois ans, une cinquantaine de décès et plus de 500 complications, comme des troubles neurologiques ou infectieux, ont été répertoriés par les chercheurs. Des solutions existent. L’addictovigilance est le meilleur outil ; il doit être déployé dans tout le pays, particulièrement dans les centres urbains. La prise en charge addicto-psycho-socio-sexologique doit elle aussi être améliorée et rendue plus accessible et visible, car le phénomène fait l’objet d’une forte stigmatisation dans la population générale et dans le discours médiatique et politique. Les ressources médicales ne sont pas les seules. Je salue le formidable travail effectué par les associations, comme Aides, qui participe à la prévention, en liaison avec Santé publique France, et dont les activités d’accompagnement et d’écoute sont indispensables pour enrayer le phénomène – hélas, ces associations se sentent souvent bien seules… Monsieur le ministre chargé de la santé et de l’accès aux soins, c’est à vous que l’Assemblée nationale s’adresse. Que va faire le gouvernement ? Une telle faiblesse des moyens budgétaires ne peut plus durer. Avec le collectif des élus locaux contre le sida – je salue la présence de Jean-Luc Romero dans les tribunes –, des militants associatifs comme Act Up, Play Safe ou Sidaction, et des professionnels de santé, nous alertons le gouvernement ; j’invite les collègues qui ne l’ont pas encore fait à signer l’appel. Évaluons plus précisément l’ampleur du chemsex afin de mieux cibler les actions de prévention. Formons tous les professionnels de santé et les acteurs de terrain afin d’accroître l’efficacité de la prise en charge. Intégrons la prévention du chemsex dans les dispositifs existants, notamment ceux liés à la santé sexuelle. Renforçons les structures de terrain. Développons les initiatives locales, comme à Paris. Organisons des opérations de sensibilisation dans les lieux publics et les établissements scolaires. Collaborons avec les plateformes de rencontre. Traquons et fermons les sites dangereux. Monsieur le ministre, la balle est dans votre camp ! Le groupe Socialistes et apparentés soutiendra bien évidemment la proposition de résolution. (Applaudissements sur les bancs des groupes SOC, EPR, EcoS, Dem et GDR.)
Ségolène Amiot
Nous voterons évidemment cette proposition de résolution.
Intervenant non identifié par la source
Une minute, non…
Sébastien Chenu
Les escrocs qui nous gouvernent !
Karen Erodi
Rendez l’argent d’abord !
Christine Arrighi
La fraude tout court !
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