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La parole est à M. Aurélien Rousseau.
Émeline K/Bidi
Je prends la parole avec une profonde inquiétude face au projet de loi dit de refondation de Mayotte. Ce texte prétend tracer un avenir pour ce territoire, mais une fois encore, il passe à côté de l’essentiel : la justice sociale, l’égalité réelle et la dignité des Mahoraises et des Mahorais. Ce texte reconduit les erreurs du passé, entérine les inégalités et compromet non seulement l’avenir de Mayotte, mais aussi celui des territoires voisins. Cette loi est présentée dans un contexte dramatique. Le cyclone Chido a ravagé l’île, révélant avec brutalité ce que ses habitants vivent depuis des décennies : l’abandon. Routes impraticables, logements précaires, défaut d’accès à l’eau, écoles délabrées, hôpitaux sous-dotés. Cette catastrophe naturelle n’a pas créé la crise, elle a seulement mis à nu l’inacceptable : des décennies de sous-investissement de l’État dans un territoire où la République n’a pas tenu ses promesses. Or que nous propose le gouvernement dans cette loi censée tout refonder ? Un texte structuré, centré, obsédé par une seule chose : la question migratoire. Il consacre des dizaines d’articles à l’immigration, au contrôle des frontières, à la restriction des droits. Il organise un régime d’exception, parfois en rupture avec les principes fondamentaux de notre droit – je pense à l’enfermement des enfants en centre de rétention administrative (CRA). Pendant ce temps, la justice sociale, l’égalité réelle, le développement, l’accès à l’eau, à l’école, à la santé, tout cela est relégué au second plan. Je l’ai dénoncé et je le redis, c’est une hiérarchie des priorités que nous contestons avec force. Dire aux Mahorais qu’ils accéderont à l’égalité des droits sociaux et aux mêmes services publics que leurs concitoyens quand et seulement quand l’État aura réglé la question migratoire, c’est les laisser espérer en vain, les abandonner à leur sort, les condamner à l’inégalité et à l’injustice. Vous connaissez l’inefficacité de votre politique migratoire, tous les chiffres la démontrent. Peu importe les durcissements successifs des droits des étrangers, du droit de la nationalité ou de la loi pénale : Mayotte reste une terre d’espoir pour les femmes, les hommes et les enfants des pays alentour, des Comores notamment, qui fuient l’instabilité politique et la misère. À nous Français, les conditions de vie à Mayotte paraissent indignes, mais pour les habitants des autres pays de la zone, elle constitue – avec ses écoles, ses hôpitaux, sa politique sociale, son économie et son statut de département français – la promesse d’une vie meilleure. Alors que faire ? Nous n’irions tout de même pas, pour freiner l’immigration à Mayotte, jusqu’à renoncer à appliquer les droits fondamentaux ? Nous n’irions pas retarder l’évolution sociale dans le 101 e département français ? Nous n’irions quand même pas consacrer l’essentiel de la loi au durcissement du droit des étrangers et reléguer dans un rapport annexé – un document sans portée normative, sans valeur juridique et sans aucune obligation pour l’État – les engagements en faveur de la justice sociale ? Eh bien si, c’est exactement ce que nous faisons ! Dans ce texte, tout ce qui pourrait améliorer concrètement le quotidien des Français n’est que promesse incertaine, alors que les dispositifs sécuritaires seront gravés dans la loi. On grave le contrôle, on annexe les droits ! Chers collègues, ce n’est pas notre conception de la République ! Il en va de même de l’objectif de convergence sociale. Dans la bouche du gouvernement, cette expression semble euphémiser le renoncement à l’égalité des droits. Pourquoi les Mahorais ne bénéficieraient-ils pas immédiatement des mêmes prestations sociales que dans l’Hexagone ? Quand l’État assumera-t-il pleinement le fait que Mayotte est un département français, avec les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes attentes que dans les autres ? Ce texte pose un autre problème que peu évoquent, même si je l’ai fait en commission : les conséquences régionales de l’inaction ou de l’iniquité. Ne nous y trompons pas : les difficultés structurelles de Mayotte, si elles ne sont pas résolues avec sérieux et équité, auront nécessairement des conséquences sur la situation sociale et économique de l’ensemble de la zone, notamment à La Réunion, département voisin qui partage avec Mayotte un destin insulaire et ultramarin. Si l’égalité des droits n’est pas assurée à Mayotte, c’est mécaniquement La Réunion qui absorbera une partie des tensions sociales, économiques et humaines ; c’est déjà le cas. La précarisation de l’un rejaillit sur l’autre. Il est donc de la responsabilité de l’État de prévenir, par une politique de développement ambitieuse à Mayotte, les déséquilibres qu’il pourrait lui-même créer dans toute la zone de l’océan Indien. Ne nous méprenons pas : la question migratoire à Mayotte est bien réelle et nous ne la nions pas, mais elle ne peut justifier une politique qui ferait de Mayotte une zone de sous-droits. La focalisation sur l’immigration nous fait renoncer à ce qui devrait être le cœur de notre mission : garantir à chacun les mêmes chances, les mêmes droits et la même dignité sur chaque territoire de la République. Au groupe GDR, nous affirmons avec force qu’il ne saurait y avoir de refondation sans justice, de paix sociale sans égalité. Nous appelons à un véritable plan de rattrapage, à un effort massif en faveur des services publics, de l’éducation, de la santé, du logement, de l’eau. En l’état, le texte ne répond pas à la gravité de la situation. Il n’est pas à la hauteur du moment. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Philippe Vigier
S’agissant des autres allocations et notamment au sujet des retraites, que vous avez évoquées – je viens de le dire mais je me permets d’insister –, le ministre s’est engagé à ce que l’on trouve une solution en faveur des retraités. Il est beaucoup question des retraites en ce moment dans notre pays, et vous verrez que nous serons là encore au rendez-vous de la solidarité : nous devons être capables de tenir des engagements forts pour que l’exception mahoraise n’en soit plus une. Je voudrais enfin dire au collègue du groupe UDR qui s’est exprimé en dernier que nous portons pour ce territoire une ambition collective forte. Chacun sait que Mayotte connaît des retards majeurs, mais aussi que jamais les éléments n’ont été à ce point réunis pour faire en sorte de les combler. Je pourrais parler des engagements financiers ou des infrastructures, mais je voudrais m’arrêter quelques instants sur le problème du foncier. C’est le sujet majeur, à Mayotte plus encore qu’ailleurs puisqu’il n’y a pas, sur ce territoire, de titres de propriété foncière. Ce qui s’applique, c’est la tradition, c’est-à-dire le droit coutumier ; il faut donc faire en sorte que des géomètres arpentent les terres, identifient les parcelles et déterminent depuis combien de temps telle famille vit à tel endroit avant d’attribuer des titres de propriété.
Intervenant non identifié par la source
La parole est à Mme Marie-Charlotte Garin.
Intervenant non identifié par la source
La parole est à M. le président de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République.
Intervenant non identifié par la source
La parole est à Mme Amélia Lakrafi.
Sandrine Dogor-Such
Nous examinons une proposition de loi qui vise à créer un registre national des cancers pour l’ensemble du territoire. Pour l’heure, les données relatives à l’épidémiologie des cancers reposent sur des estimations calculées à partir des données collectées dans les registres territoriaux du cancer, généraux ou spécialisés, qui couvrent environ 24 % de la population nationale. Cette cartographie épidémiologique est partielle et inadaptée à une politique de santé qui se voudrait ambitieuse. Elle est de nature à complexifier la recherche en empêchant les pouvoirs publics de disposer d’une base interopérable pour tout le territoire. Depuis trente ans, le nombre global de nouveaux cas de cancer augmente chaque année, ce qui s’explique par l’accroissement de la population, son vieillissement et les progrès du diagnostic. À l’inverse, le taux de mortalité est en constante diminution depuis vingt-cinq ans grâce aux progrès thérapeutiques et aux nouvelles méthodes de diagnostic qui permettent de déceler les cancers à un stade plus précoce, ce qui facilite leur prise en charge. Il est devenu nécessaire d’estimer les besoins de prise en charge de la population pour évaluer les politiques de santé. La surveillance épidémiologique des pathologies cancéreuses repose sur l’enregistrement ainsi que le suivi continu et exhaustif des nouveaux cas de cancer survenant dans une zone géographique donnée grâce à des registres du cancer. L’Académie nationale de médecine a considéré en 2021 que la création d’un registre national des cancers serait une étape importante dans la perspective d’une prochaine harmonisation au niveau européen. Le cadre juridique du registre national des cancers doit prévoir un traitement des données conforme au règlement général sur la protection des données (RGPD). Géré par l’Institut national du cancer, le registre doit être doté de ressources financières pérennes. Il pourrait alors enrichir le système national des données de santé et alimenter une recherche de qualité, recourant aux outils de l’intelligence artificielle. La création de ce registre national permettra donc à la France de rejoindre le réseau européen des registres du cancer, qui existe depuis 1990, et de se rapprocher ainsi des pratiques de ses voisins européens. La prévention s’en trouvera améliorée grâce à un dépistage qui permettra de poser un diagnostic plus précoce. Les travaux de recherche en seront facilités, ce qui permettra une prise en charge plus équitable. Cependant, nous aimerions obtenir quelques garanties : la couverture des différents territoires sera-t-elle équitable ? Les données feront-elles l’objet d’un hébergement souverain, sur le sol français ou européen ? Ce registre national est un outil indispensable pour assurer la transparence des données, l’efficacité de la recherche et la justice sanitaire. Parce que le cancer demeure en France la première cause de mortalité chez l’homme et la deuxième chez la femme, nous ne pouvons que nous féliciter de la création de cet outil épidémiologique qui centralisera les données relatives au cancer de l’enfant et de l’adulte dans tout le territoire. Mon groupe votera donc pour cette proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN. – M. le rapporteur applaudit également.)
Dominique Voynet
Le cyclone a mis en lumière le préoccupant retard de développement de Mayotte et son mal développement : inégalités révoltantes, banalisation de la violence, économie de comptoir, embouteillages monstrueux, pression excessive sur l’environnement terrestre et lagonaire, entretenu par l’inaction criante de la presque totalité des gouvernements depuis la départementalisation de 2011. Lors des débats en commission, monsieur le ministre, vous avez affirmé qu’il n’était pas question de critiquer cette départementalisation. Pour ma part, j’entends bien en pointer les impasses et les limites, comme le font la quasi-totalité des hauts fonctionnaires en poste à Mayotte et – avec prudence – quelques élus mahorais. Jamais Mayotte n’aura suscité autant d’attention de la part du monde politique. Mais le projet de loi que nous allons examiner, s’il entérine des investissements maintes fois promis, ce qui est bienvenu, est loin de tenir sa promesse. De « refondation » de la relation à la République, du pacte social qui lie les habitants de Mayotte, des voies d’un développement endogène riche en emplois, appuyé sur les ressources de l’archipel, du projet pour la jeunesse, il n’est guère question ici, de sorte que le terme de « reconstruction » serait plus juste. Étudiés en procédure accélérée, les textes qui nous sont soumis transpirent une obsession : l’immigration. Des raccourcis douteux ont été faits, des termes pénibles prononcés, y compris par vous, monsieur le ministre, qui avez parlé de « gangrène ». L’immigration serait donc responsable de tous les maux, de tous les désordres, de tous les retards d’équipement de Mayotte ? Elle n’est pourtant responsable ni de la faiblesse intrinsèque de l’économie mahoraise, qui est loin de fournir des emplois aux jeunes qui sortent de formation, ni du retard de convergence sociale, ni du désordre foncier, ni des retards apportés à la concrétisation des travaux du deuxième hôpital, de la troisième retenue collinaire ou du Caribus, dont on parle depuis vingt ans. Il faut ici rappeler l’étroitesse des liens qui persistent entre Mayotte et les Comores.
Intervenant non identifié par la source
La parole est à Mme Alma Dufour.
Manuel Valls
Mayotte, c’est l’histoire d’un lien indéfectible avec la France. L’île est française depuis 1841, c’est-à-dire avant Nice et la Savoie. Dès le 2 novembre 1958, chefs de village, dignitaires religieux et responsables politiques se réunissaient pour manifester leur attachement à la France et appeler à la départementalisation, lors du célèbre Congrès des notables, à Tsoundzou. Lors des référendums de 1974 et 1976, les Mahorais ont chaque fois massivement voté pour le maintien au sein de la République française. En 2009, enfin, 95 % d’entre eux ont dit oui à la départementalisation, mouvement qui drainait d’immenses espoirs. C’est ainsi que, le 31 mars 2011, Mayotte est devenue le 101 e département français. Malgré toutes ces étapes, les nombreux plans mis sur la table et des améliorations évidentes, nos compatriotes mahorais ont exprimé et expriment encore une forme de sentiment d’abandon. Quelque chose de particulièrement important se joue donc à Mayotte : la restauration de la crédibilité de la parole publique et, à travers elle, celle du lien de confiance entre la population du territoire et l’État. À l’heure des ingérences étrangères et de la volonté de déstabiliser la France, il est plus que jamais nécessaire d’agir pour concrétiser la promesse républicaine à Mayotte. L’enjeu est aussi d’affirmer notre souveraineté dans le canal du Mozambique. Prenons collectivement conscience de l’importance du débat que nous entamons. Au Sénat, devant les commissions, et ce matin encore en conférence de presse, j’ai eu l’occasion de balayer ce que j’estime être une contre-vérité : non, l’État n’a pas abandonné Mayotte. Dès mon arrivée au ministère des outre-mer, conformément à la mission que m’avait confiée le premier ministre, j’ai fait de la situation de l’archipel l’une des grandes priorités de mon action, à traiter d’urgence. Manière symbolique de rappeler mon engagement : entre le mois de décembre 2024 et aujourd’hui, je me suis rendu quatre fois dans l’archipel, dont une fois avec le premier ministre, le 30 décembre 2024, et une autre fois avec le président de la République, il y a quelques semaines, en avril. Surtout, j’ai pu suivre, au plus près du terrain, l’état d’avancement des différentes phases : gestion de l’urgence, stabilisation, enclenchement de la reconstruction. Si de nombreux défis sont encore devant nous et qu’en tout état de cause, le retour à une situation semblable à celle que nous connaissions avant Chido n’est pas satisfaisant – je pense en particulier à la question de l’accès à l’eau –, il serait malhonnête de ne pas reconnaître que des signes de reprise sont perceptibles. La mobilisation des services de l’État a été massive dans la phase de gestion de crise – je tiens notamment à souligner l’implication personnelle du préfet François-Xavier Bieuville. L’intensité du cyclone Chido, catastrophe naturelle la plus importante dans l’histoire contemporaine de notre pays, a provoqué des dommages considérables : près de 90 % des bâtiments ont été endommagés ; les réseaux d’infrastructures électriques et téléphoniques ont été détruits ; les installations de production d’eau ont été mises en péril. L’État s’est pleinement mobilisé pour protéger, secourir la population et rétablir les fonctions vitales afin de stabiliser la première phase de réponse à la crise : nous avons rétabli les capacités en eau, en électricité et en télécommunications. Un mot sur l’eau : le taux de remplissage des deux retenues collinaires s’est amélioré à la fin de la saison des pluies ; 2 millions de bouteilles d’eau ont été livrées ; 2 millions de litres d’eau ont aussi été acheminés par voie maritime au cours du mois de mai. Notre capacité de production habituelle a été restaurée, à hauteur de 38 000 mètres cubes par jour, ce dont nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire – loin de là ! –, puisqu’il s’agit de notre capacité antérieure à Chido. En effet, un écart persiste entre l’offre et la demande d’eau. Nous agissons d’ores et déjà : des travaux de réparation des fuites sont en cours ; ceux de la future station d’épuration de Mamoudzou sud ont commencé ; s’agissant de la future usine de dessalement d’Ironi Bé, l’arrêté autorisant les travaux de construction a été signé pour la partie terrestre du chantier. Le rapport annexé au présent projet de loi précise notre ambition future dans ce domaine. Je souligne aussi que l’objectif de résorption complète, d’ici août 2025, des dépôts de déchets résultant du passage de Chido sera tenu – je serai en tout cas particulièrement vigilant sur ce sujet. En matière de santé – élément critique –, plus de 1 000 professionnels ont été projetés sur place ; l’hôpital fonctionne à plus de 80 % de ses capacités et connaîtra d’importants travaux de réparations et de sécurisation, qui s’achèveront courant 2026. Sept des huit dispensaires sont ouverts, ainsi que tous les centres médicaux de référence ; encore faut-il veiller à ce que des médecins et des personnels de santé y soient présents. Les rentrées scolaires de mars et de mai ont eu lieu, ce qui n’était pas évident. Comme pour l’adduction d’eau, nous sommes revenus à la situation prévalant avant Chido, ce dont nous ne pouvons pas davantage nous satisfaire. Les rotations scolaires sont inacceptables en République. Le rapport annexé fixe donc l’objectif d’en finir à l’horizon 2031. En ce qui concerne la reconstruction, j’entends dire qu’elle n’aurait pas véritablement démarré – critique que je peux entendre. Qui peut sérieusement prétendre reconstruire en quelques semaines, voire quelques mois, un territoire dévasté – les chiffres que j’ai rappelés l’attestent – et présentant autant de difficultés structurelles ? La stabilisation de la situation permet déjà la réalisation de projets structurants qui étaient engagés avant Chido : extension d’une mairie à Chiconi ; crèche municipale à Sada ; maison de santé à Passamainty ; premières voies, en site propre, du Caribus. Néanmoins, pour approfondir et accélérer l’effort de reconstruction, il est nécessaire de nous doter des outils adéquats et de nous assurer que l’ensemble des maillons de la chaîne seront opérationnels. C’est dans cet esprit que le général Pascal Facon a été nommé le 9 janvier 2025. Son rôle est d’élaborer une stratégie quinquennale qui détaillera les actions concrètes devant concourir à la reconstruction et à la refondation de Mayotte d’ici à 2031. L’ordonnance créant l’établissement public chargé de coordonner les travaux de reconstruction a été publiée le 23 mai 2025. Elle prévoit notamment d’en confier la présidence au président du conseil départemental. La phase de recrutement du directeur général est en cours ; nous visons une nomination au 15 juillet 2025. Le conseil d’administration du futur établissement public se réunira dès le mois de septembre. La stratégie m’a été présentée. Les élus du territoire en prendront connaissance et participeront à une concertation – qui a d’ailleurs déjà commencé –, avant sa présentation lors du comité interministériel des outre-mer du 10 juillet prochain. J’y insiste, cette stratégie est une déclinaison concrète, par phases, de ce dont nous sommes en train de discuter ; elle est le fruit d’un travail de planification dans le temps. La loi d’urgence pour Mayotte, que vous avez adoptée à l’unanimité et qui a été promulguée le 24 février 2025, a fourni les principaux outils nécessaires à l’enclenchement de la phase de reconstruction. Le soutien financier a aussi été au rendez-vous. Dans le contexte difficile que nous connaissons, l’État a agi ; il a dépensé, non pas sans compter – je n’oserais pas parler ainsi devant Charles de Courson –, mais de manière utile : 500 millions d’euros de dépenses d’urgence entre décembre et janvier ; un fonds d’amorçage de 100 millions pour les collectivités ; 15 millions destinés à la filière agricole par l’intermédiaire du fonds de secours pour les outre-mer ; 22,8 millions d’euros d’aides pour les entreprises. Je pense aussi à toutes les mesures que vous avez votées dans le cadre de la loi d’urgence, notamment l’activité partielle : 1 311 demandes d’indemnisation ont été validées pour 996 138 heures, donnant lieu à 9,1 millions d’euros d’indemnités. Enfin, le prêt à taux zéro (PTZ), désormais proposé par l’ensemble des établissements bancaires habilités, aidera les particuliers à reconstruire leur toit. La France a aussi reçu une avance de 23,7 millions d’euros au titre du Fonds de solidarité de l’Union européenne. Nous sommes donc en train – je le dis avec modestie – de poser les bases et de créer les conditions nécessaires à l’enclenchement d’une dynamique durable et solide de reconstruction. Néanmoins, sans une action plus fondamentale de refondation, nous reviendrons, au mieux, à la situation très insatisfaisante, sinon inacceptable dans certains secteurs, de l’avant-Chido. C’est pourquoi, dès le 30 décembre 2024, le premier ministre s’engageait à ce que le gouvernement présente un projet de loi de programmation. J’en viens donc à la refondation. Avec ce projet de loi, qui comporte désormais cinquante-sept articles contre trente-quatre initialement, l’État défend, avec le Parlement, une ambition politique sans précédent pour Mayotte. L’affirmation de cette ambition est en tout cas attendue – nous nous sommes appuyés sur les travaux antérieurs, notamment les réflexions engagées par mon prédécesseur Philippe Vigier, rapporteur général du présent projet de loi, et la proposition de loi déposée par Mme Estelle Youssouffa. Depuis des années, pour ne pas dire des décennies, les Mahorais attendent ce texte qui doit répondre à leur aspiration à l’égalité réelle et parachever la départementalisation. J’ose dire que nous y sommes. Le projet de loi procède d’un premier constat, implacable : si nous ne nous attaquons pas avec force à l’immigration illégale, aux bidonvilles et à l’insécurité, nous reconstruirons Mayotte sur du sable. C’est pourquoi le titre II vise à lutter contre l’immigration clandestine et le titre III à protéger les Mahorais – je salue Philippe Gosselin, rapporteur pour ces deux titres. Les articles 2 à 9 tendent à durcir les conditions d’accès au séjour pour motif familial et à améliorer les dispositifs de lutte contre les reconnaissances frauduleuses, de paternité notamment. Eu égard au poids des titres liés à l’immigration familiale à Mayotte, la portée de ces dispositifs sera très importante. À l’initiative des quatre rapporteurs, la commission des lois a adopté un nouvel article, l’article 2 bis A, prévoyant l’abrogation du titre de séjour territorialisé à compter du 1 er janvier 2030. Il s’agit d’une demande forte et historique des Mahorais – des élus comme des habitants. Comme vous le savez, le gouvernement n’y était pas favorable – le ministre de l’intérieur s’était exprimé à ce sujet –, mais je salue le cadre transpartisan dans lequel la commission a pu avancer et je considère que le délai de cinq ans permettra de limiter préalablement les flux migratoires vers Mayotte. En revanche, la commission des lois a supprimé les articles 7, 8, 9 et 11 du projet de loi. Nous aurons l’occasion d’en débattre à nouveau, lorsque nous examinerons les amendements tendant à les rétablir. Nous avons besoin de ces mesures pour protéger les Mahorais – je le dis en toute sincérité. Pour atteindre l’objectif de 35 000 éloignements par an, la montée en gamme du dispositif de surveillance et d’interception sur terre, en mer et par voie aérienne est nécessaire. C’est tout l’enjeu du « mur de fer », pour lequel l’État prend des engagements concrets dans le rapport annexé au projet de loi, monsieur le rapporteur général, cher Philippe Vigier. En complément de l’action opérationnelle, il est primordial d’entretenir des rapports fondés sur la fermeté avec les États à l’origine des flux migratoires, au premier rang desquels les Comores. L’article 10 du projet de loi prévoit par ailleurs des dispositions qui doivent faciliter l’action des services de l’État visant à résorber les bidonvilles – nous y reviendrons avec vous, monsieur le rapporteur, cher Frantz Gumbs. Sur le plan social, les Mahorais expriment depuis longtemps leur aspiration à l’égalité réelle. Bien évidemment, les questions d’immigration et de sécurité comme les investissements dans les équipements sont essentiels, mais je tiens à souligner que la priorité majeure au cœur de ce texte de loi est la convergence sociale, qui répond à une attente réelle. L’article 15 du projet de loi – qui fait partie du titre IV, rapporté par Agnès Firmin Le Bodo – doit permettre au gouvernement de légiférer par ordonnance, dans un délai maximal de douze mois, pour agir en tenant compte du dialogue social, lequel a déjà été engagé, notamment par le préfet Bieuville et par le général Facon. L’année 2031 constitue une échéance, non un point de départ. La première étape de la convergence sociale interviendra dès le mois de janvier 2026 ; c’est désormais clairement inscrit dans le texte, à l’initiative de vos rapporteurs. Mon objectif, que nous partageons, est la prospérité de Mayotte, ce qui implique de donner la priorité au travail et à la valeur travail. Le préalable à l’alignement des allocations de solidarité sera donc celui du smic net. Depuis la départementalisation, c’est la première fois que le gouvernement inscrit dans la loi la convergence sociale. C’est un effort inédit, massif, mais c’est un enjeu de justice et d’égalité. Sur le plan institutionnel, madame la rapporteure, chère Estelle Youssouffa – je vous salue à cette occasion, même si vous interviendrez, je le sais, sur d’autres sujets –, le projet de loi consacre le département-région, collectivité unique, avec un mode de scrutin adapté. Le projet de loi organique assure les coordinations nécessaires du point de vue de la légistique. En ce qui concerne la réalisation des infrastructures prioritaires et essentielles au développement de l’archipel, ce qui n’était qu’annonces et promesses devient des dispositions législatives. S’agissant des infrastructures portuaires, le gouvernement défend, aux côtés du rapporteur Vigier, un amendement qui permettra de donner au port de Longoni le statut de grand port maritime, ainsi que les rapporteurs l’ont souhaité et inscrit dans le rapport annexé. S’agissant de l’aéroport, le président de la République a décidé d’implanter une piste longue sur Grande-Terre. Du fait de la suppression des articles 19 bis et 19 ter par la commission des affaires économiques, madame la présidente Trouvé, les travaux ne pourraient commencer qu’à la fin 2028, au plus tôt – vous l’entendez, le gouvernement émet à ce sujet un avis empreint de modestie. Je souhaite là aussi que ces articles soient réintroduits, grâce à l’adoption des amendements de rétablissement déposés. Le projet de loi porte, enfin, un engagement financier sans précédent, à hauteur de près de 4 milliards d’euros sur six ans. Fin des coupures d’eau et des rotations scolaires – c’est indispensable –, développement de l’intermodalité, gestion durable des déchets, lutte contre l’insécurité et construction d’un nouvel aéroport : ces investissements, parmi d’autres – on pourrait mentionner la construction du deuxième hôpital –, auront un impact direct sur la vie quotidienne des Mahorais. C’est ce que nous recherchons. Vous le voyez, l’État et le gouvernement sont mobilisés pour Mayotte et les Mahorais. L’étape de refondation que nous engageons par ces textes est historique – sans galvauder les mots. Il nous faut atteindre ces objectifs, pour que nos compatriotes mahorais le constatent très concrètement. Une fois encore, je me souviens de ma rencontre marquante, en début d’année à Mtsamboro, avec l’un des élus historiques de Mayotte, qui avait participé aux événements des années 1950 et 1960. Il a prononcé ces mots : « La France, c’est la liberté. » L’attachement des Mahorais à la République est à l’image de la beauté de son lagon, de la ferveur de sa jeunesse et de l’éclat de ses traditions : formidable et source de fierté pour la France. Avec ces textes, grâce au travail engagé au Sénat et au sein des commissions de l’Assemblée nationale, grâce aux améliorations que nous lui apporterons – je n’en doute pas – au cours de cette semaine, il nous revient, plus que jamais, de concrétiser la promesse républicaine. Pour cela, il n’existe qu’une méthode : l’action. (M. le président de la commission des lois, M. Philippe Vigier, rapporteur général de la commission des lois, M Charles de Courson, rapporteur pour avis de la commission des finances, et M. Frantz Gumbs, rapporteur pour avis de la commission des affaires économiques, applaudissent. – Mme Anne Bergantz applaudit également.)
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