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Roger Karoutchi
Aussi, si ce texte est bienvenu, il va de soi que l’action diplomatique et militaire de la France doit davantage se concentrer sur l’Iran, comme l’a d’ailleurs déclaré à plusieurs reprises, et à juste titre, le ministre des affaires étrangères. Notre pays appelle en effet l’Iran à cesser de soutenir, de quelque manière que ce soit, ses « proxy », que ce soit le Hezbollah, le Hamas ou les Houthis, ces trois « H » qui sont en réalité à la solde de Téhéran et contribuent au désordre politique, militaire, diplomatique de l’ensemble de la région. Sommes-nous capables de négocier des accords renforçant l’unité et la solidarité, ainsi que la paix dans la région ? Je n’en suis pas sûr, mais, en tout cas, cette initiative, cet appel à ce que la France soit plus ferme à l’égard des Houthis est à saluer. À cet égard, Jean-Pierre Grand a bien fait de rappeler que la marine française contribue à ce combat, même si – soyons francs – ce sont surtout les Américains et les Britanniques, qui œuvrent pour détruire les installations des Houthis, avec l’aide ponctuelle de l’aviation israélienne pour que ces derniers cessent de s’imaginer qu’ils pourront continuer à envoyer indéfiniment des missiles sur l’État hébreu. Oui, il faut tout faire pour que les Houthis arrêtent de bloquer le détroit et de se livrer à des actes de piratage, qui n’ont d’autre objet que de leur permettre de s’armer contre le gouvernement officiel de Sanaa. Oui, il faut faire en sorte que la situation se rétablisse, mais ne nous faisons pas trop d’illusions : tant que nous ne parviendrons pas à un accord, qui ne peut que résulter du rapport de force que nous aurons établi avec Téhéran, il y aura des Houthis, il y aura le Hezbollah et le Hamas et, par conséquent, il y aura la guerre dans toute cette région. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains, INDEP, UC et RDPI.)
Valérie Boyer
Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, depuis 2008, la France mène à Djibouti l’opération Atalante, pour lutter contre les pirates, qui, se livrant à de nombreux pillages, entravent la circulation dans le golfe d’Aden, passage clé du commerce mondial. Or, depuis plusieurs mois, l’opération engagée se heurte à de grandes difficultés. En effet, les rebelles yéménites houthis, en conflit avec l’Arabie saoudite et soutenus par l’Iran, dont ils sont les « proxys », multiplient les assauts contre les navires occidentaux. La France se doit donc de lutter, non seulement contre les actes de piraterie, mais contre ces attaques à caractère politique. Lundi dernier, les Houthis ont attaqué deux destroyers américains à l’aide de drones et de missiles dans le détroit de Bab el-Mandeb. Des navires de la CMA-CGM, ainsi que la frégate Languedoc , avaient déjà été directement ciblés il y a quelques mois. À l’heure actuelle, plusieurs compagnies maritimes sont contraintes de contourner cette zone. Violant à la fois la liberté du commerce et le droit international, ces attaques menacent notre sécurité. Elles portent atteinte à notre économie nationale et, au-delà, à l’économie européenne. Elles empêchent les liaisons maritimes avec nos territoires de l’océan Indien, Mayotte et La Réunion, déjà fortement perturbées. Dans ce contexte, le Sénat doit se prononcer sur une proposition de résolution du groupe RDPI condamnant les méfaits des Houthis en mer Rouge et appelant à une action internationale pour protéger le commerce maritime. Madame Duranton, je ne reviendrai pas sur les conséquences écologiques et surtout économiques que vous détaillez dans ce texte. Vous avez raison d’appeler l’attention sur ces réalités préoccupantes, mais je regrette que vous n’insistiez pas davantage sur la menace internationale que représentent les Houthis. Il s’agit là d’un sujet plus grave encore que les atteintes infligées au commerce. Alors que l’ombre du danger islamiste plane sur Israël, les Houthis, qui contrôlent de vastes régions du Yémen, appartiennent, comme le Hamas et le Hezbollah, à ce que l’Iran appelle l’axe de résistance contre Israël. Ce sont les trois H de la terreur. Ce sont les trois H du terrorisme : Hezbollah, Hamas, Houthis.
François Bonneau
Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, la mer Rouge est une voie de passage stratégique pour le transport des marchandises, notamment les produits énergétiques, entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Depuis novembre 2023, dans un contexte marqué par les affrontements entre Israël et le Hamas, la région est fortement déstabilisée par les exactions menées par la milice rebelle houthie. Depuis lors, plus de 150 incidents ont été rapportés : on dénombre notamment quatorze navires touchés par un missile ou un drone et dix-huit navires détournés par des pirates somaliens. Le trafic en mer Rouge représente près de 13 % du trafic mondial, environ 30 % du trafic des conteneurs et 21 % du trafic énergétique. Depuis le début des attaques houthies, ce trafic a été divisé par deux. Le Conseil de sécurité de l’ONU a publié le 1 er novembre dernier un rapport nous alertant sur le fait que la milice houthie devenait progressivement « une puissante organisation militaire ». La rébellion disposerait désormais de 350 000 combattants, soit dix fois plus qu’il y a dix ans. Cette augmentation est à mettre au crédit d’une campagne de recrutement inédite, ainsi qu’à celui d’un puissant soutien extérieur, comme chacun le sait. De quels leviers la France dispose-t-elle pour répondre aux défis que représente le renforcement inédit de cette milice, compte tenu notamment des conséquences humanitaires qu’entraîne ce conflit ? Ces attaques mettent en péril la vie de nombreux civils, notamment sur les navires, et constituent une entrave à la liberté de navigation et au droit international. Le 19 février 2024, l’Union européenne a lancé l’opération Aspides, une opération qui a un double objectif : protéger le trafic maritime et contribuer à la liberté de navigation dans la région. Vingt et un États membres participent à cette mission ; trois d’entre eux – dont la France – mobilisent dans ce cadre des bâtiments de premier rang. Monsieur le secrétaire d’État, le mandat de l’opération Aspides court jusqu’au mois de février 2025. Alors que plus de 15 % des navires transitant par la mer Rouge demandent protection et que la situation dans la région reste extrêmement tendue, pourriez-vous nous indiquer quelles sont les discussions engagées au niveau européen pour poursuivre cette opération ? Le regroupement des opérations Atalante, Agénor et Aspides est-il envisagé ? Notre groupe votera évidemment cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les travées des groupes UC, RDPI et Les Républicains.)
François Patriat
Très bien !
Jean-Pierre Grand
Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, par son soutien, Téhéran a vassalisé le mouvement insurrectionnel des Houthis. Engagés dans une guerre civile au Yémen, ces rebelles servent également les intérêts de l’Iran et de ses alliés. C’est ainsi qu’ils ont participé à des attaques visant Israël. Les Houthis entreprennent également de porter atteinte à la liberté de navigation en mer Rouge, afin notamment de perturber le commerce international. Comme les gardiens de la révolution avant eux, ils se livrent à des actes de piraterie à des fins de rançon, quand ils ne détruisent pas tout simplement leur cible. Ni la France ni la communauté internationale ne peuvent les laisser faire ! Hélas ! ces attaques entraînent parfois la mort de membres d’équipage des navires marchands. Nous pensons à ceux qui sont tombés, ainsi qu’à leur famille. Nous ne devons pas oublier ces crimes ; les victimes méritent qu’on leur rende justice. Non seulement les attaques houthies menacent des vies humaines, mais elles exposent aussi la région à des catastrophes écologiques, les pétroliers figurant parmi les cibles privilégiées des rebelles. Jusqu’à l’an dernier, 12 % du commerce international passait en effet par la mer Rouge, entre le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb. Or, depuis le début des attaques, le trafic y a chuté de 20 %. Les actions des Houthis ont un coût élevé, qui ne peut manquer de se répercuter sur notre économie dans son ensemble. Les primes d’assurance payées par les propriétaires de navires continuant à passer par la mer Rouge ont explosé. Ceux des navires qui préfèrent éviter la zone et passent par le cap de Bonne-Espérance voient la durée de leur trajet augmenter de moitié. Cela a pour conséquence de doubler le prix d’un conteneur partant de Chine pour atteindre l’Europe. Depuis plusieurs mois, les femmes et les hommes de la Marine nationale tentent de préserver la liberté de navigation en mer Rouge. Sous le feu des rebelles houthis, ils protègent les navires contre leurs attaques ; ils détruisent leurs drones et leurs missiles balistiques. Cette situation démontre l’engagement et les capacités de nos armées, qu’il convient de saluer. Elle renforce également notre conviction que leurs moyens doivent encore être augmentés. Les Houthis ont annoncé vouloir étendre leurs opérations à l’océan Indien. Nous devons souhaiter qu’ils n’y parviennent pas, mais nous devons surtout nous donner les moyens de les entraver. Voilà plusieurs années que nos marins nous signalent une montée généralisée des tensions. Tout comme le renforcement des arsenaux, celle-ci est plus évidente en mer, dans la mesure où les acteurs s’y rencontrent armés. Parfois, cette course aux armements s’accompagne, hélas ! d’une forme de désinhibition. Dans ce contexte tendu, nous devons veiller à doter nos armées des moyens suffisants pour défendre la France et ses intérêts, mais aussi pour lui permettre d’apporter son concours aux opérations internationales de sécurité – cela passera, naturellement, par les débats que nous aurons dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances. La proposition de résolution présentée par notre collègue Nicole Duranton et inscrite à l’ordre du jour de l’espace réservé au groupe RDPI appelle le Gouvernement à poursuivre son action dans cette région, tant diplomatiquement que militairement. Nous ne pouvons qu’être favorables à son adoption. L’ensemble du groupe Les Indépendants – République et Territoires votera donc cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les travées des groupes INDEP, RDPI, UC et Les Républicains.)
Dominique Théophile
La séance est reprise.
Dominique Théophile
L’ordre du jour appelle l’examen, à la demande du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, de la résolution visant à condamner les actions des rebelles houthis en mer Rouge et à appeler à une action internationale pour protéger le commerce maritime et l’environnement dans cette zone, présentée, en application de l’article 34-1 de la Constitution, par Mme Nicole Duranton, MM. François Patriat, Jean-Baptiste Lemoyne et plusieurs de leurs collègues (proposition n° 1 rectifiée).
Dominique Théophile
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Nicole Duranton, auteur de la proposition de résolution. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
Jean-Baptiste Lemoyne
Monsieur le président, monsieur le secrétaire d’État, mes chers collègues, au préalable, permettez-moi de remercier notre collègue Nicole Duranton pour l’ensemble de son travail et cette proposition de résolution, ainsi que le président de notre groupe, François Patriat, l’ensemble des membres du groupe RDPI, qui ont souhaité l’inscription de ce texte à l’ordre du jour de notre espace réservé, et les quarante-deux cosignataires du texte, dont le président Claude Malhuret et la présidente Maryse Carrère. C’est évidemment à tort que les sujets abordés par notre collègue peuvent sembler éloignés du quotidien de nos concitoyens et des Européens, car il y va non seulement de la sécurité régionale au niveau du golfe d’Aden et de la mer Rouge, mais aussi de la stabilité au Proche et Moyen-Orient, de la sécurité des routes maritimes et, donc, du commerce mondial et de l’approvisionnement des entreprises comme des particuliers qui, un jour, pourraient faire face à des ruptures de stock. La situation en mer Rouge et les actions menées par les Houthis nous rappellent que ces crises persistent et ne datent pas d’hier – Roger Karoutchi vient de le dire. En vérité, elles ne font que prendre de nouveaux visages au travers de l’hybridation des menaces et du développement d’armes low cost . Revenons à l’horreur des massacres du 7 octobre 2023, ce jour où l’inhumanité a fauché une partie de l’humanité. S’est ensuivie la nouvelle guerre menée par Israël contre le Hamas. Les Houthis sont alors entrés en scène en utilisant leurs missiles et leurs drones et en menant des assauts héliportés contre des navires constituant des proies faciles. Depuis lors, le détroit de Bab el-Mandeb porte bien son nom de « Porte des Pleurs ». Résultat : les rebelles sont parvenus à optimiser leurs actions et, donc, leur « reconnaissance » internationale, à telle enseigne que certains pays renoncent à faire traverser la zone par – tenez-vous bien – leurs bâtiments militaires ! Le ministre allemand de la défense a ainsi annoncé il y a quinze jours qu’une frégate éviterait le secteur pour rentrer en Europe à l’issue d’un exercice dans la zone indo-pacifique. Cela montre bien que l’importance stratégique des détroits n’a d’égale que leur vulnérabilité. L’Histoire nous l’a enseigné et le présent nous invite à une vigilance extrême – je pense au détroit de Taïwan, en particulier. Les dirigeants du mouvement houthi ont fait le lien entre leur action et la guerre à Gaza. Ainsi, en février dernier, Mohammed Ali al-Houthi a conditionné le sauvetage des cargos à l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza. Ces mêmes dirigeants ont également fait le lien entre les agissements des rebelles et le théâtre d’opérations libanais, lorsqu’un missile a été tiré sur l’aéroport David-Ben-Gourion au lendemain de l’élimination d’Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah. Mais gardons-nous, comme Roger Karoutchi nous y a invités – et même si mon appréciation diverge quelque peu de celle de notre collègue –, de faire des Houthis de simples exécutants de commanditaires extérieurs et de l’Iran. Nous observons un alignement d’intérêts, une coopération, mais il existe aussi une dynamique propre à ce mouvement, qui résulte de la création de l’État yéménite lui-même – j’y reviendrai. Dans l’exposé des motifs de sa proposition de résolution, notre collègue Nicole Duranton évoque « le spectre d’un embrasement et d’une généralisation du conflit au Proche-Orient et au-delà ». En ce qui concerne le Yémen, le mouvement houthi n’a pu y émerger comme force politique puis militaire, dans les années 1990, que parce que les gouvernements de l’époque ont refusé de reconnaître les spécificités de la minorité zaydite, au nord-ouest du pays. Celle-ci s’est alors muée en force politique ayant une visée nationale. Résultat : c’est aujourd’hui le peuple yéménite qui trinque, puisqu’il se trouve dans une situation humanitaire déplorable. Seule une authentique voie fédérale permettrait au Yémen de se stabiliser, mais cela supposerait aussi que les États voisins de la région renoncent à instrumentaliser tel ou tel acteur de la scène politique yéménite. Nous en sommes loin, hélas ! quand on voit lesdites puissances déployer un nouveau « grand jeu » de la Libye au Yémen en passant par le Soudan. Pour ce qui est de la crise au Proche-Orient, les voies et moyens pour en sortir sont bien connus : il faut mettre en œuvre la fameuse solution à deux États et garantir la sécurité d’Israël. Hélas ! force est de constater que, chaque jour qui passe, on s’en éloigne : il n’est qu’à écouter le ministre israélien Bezalel Smotrich, qui souhaite l’annexion de la Cisjordanie, ce qui est, j’y insiste, inacceptable et irresponsable. On est bien loin de la résolution 242 des Nations unies qui appelait au retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au lendemain de la guerre des Six Jours. Ce sont ces mêmes Nations unies qui, en 1947, en adoptant la résolution 181, avaient pourtant fait en sorte qu’un « rêve vieux de deux mille ans [devienne] une réalité », pour reprendre un commentaire figurant sur la page commémorant cet événement sur le site de l’ambassade d’Israël en France. Je crains que les événements actuels ne nourrissent une soif de revanche des générations palestiniennes à venir, qui ne serait à l’avantage de personne. Dans ce monde où les crises sont à la fois permanentes et multiples, Français et Européens doivent muscler leur jeu, non seulement en matière de défense, ce à quoi la France s’emploie avec sa loi de programmation militaire (LPM) et en renforçant sa présence dans la zone – je me réjouis que notre partenariat avec Djibouti ait été renouvelé –, mais aussi en matière de diplomatie des mers et des océans, car nous disposons du deuxième espace maritime au monde et devons, à ce titre, défendre la liberté de navigation – c’est du reste dans cet esprit que notre pays accueillera dans quelques mois, à Nice, la prochaine conférence des Nations unies sur l’océan. Mes chers collègues, c’est à la lumière de tous ces éléments que je vous invite plus que jamais à vous réunir autour de cette proposition de résolution. (Applaudissements sur les travées des groupes RDPI, INDEP, RDSE, UC et Les Républicains.)
Dominique Théophile
La parole est à M. Akli Mellouli. ( Mme Hélène Conway-Mouret applaudit.)
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