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Question
M. le président. La parole est à M. Jean-Michel Arnaud, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC.) M. Jean-Michel Arnaud. Ma question s'adresse à madame la ministre de la culture. Voilà quelques jours, le groupe de presse Ebra, premier groupe de presse français, qui diffuse 800 000 exemplaires de ses journaux chaque jour, dans vingt-trois départements, a annoncé un plan de départ volontaire de 400 personnes, soit 10 % de ses effectifs. La direction explique qu'elle est confrontée à la baisse des ventes papier, à l'évolution des usages de l'information et à la pression des plateformes numériques sur les revenus publicitaires. Elle assume aussi d'avoir recours de manière croissante à l'automatisation de certaines tâches, via notamment l'intelligence artificielle. Parallèlement, le groupe CMA Média, de Rodolphe Saadé, a exprimé son intention de vendre les neuf chaînes de télévision locales de BFM et, à défaut d'acquéreurs, de les fermer d'ici à la fin de 2026. Ma région, Provence-Alpes-Côte d'Azur, compte cinq de ces télévisions locales, dont une dans mon département des Hautes-Alpes. Ce dernier est donc particulièrement concerné par ces annonces, puisque celles-ci concernent les deux principaux médias du département, Le Dauphiné Libéré et BFM Dici. Tout élu attaché à la démocratie ne peut que déplorer la disparition de médias locaux : sans journalisme, le pluralisme périclite ; sans journalisme, la qualité de l'information s'érode ; sans journalisme, la démocratie s'étiole ; sans journalisme, la rumeur risque de faire son retour, comme au bon vieux temps des sociétés moyenâgeuses, avec le populisme qui va de pair. Madame la ministre, que souhaite faire précisément le Gouvernement pour préserver la presse locale, essentielle pour la République de proximité ? Que comptez-vous faire pour contrer la migration massive des budgets publicitaires vers les grandes plateformes numériques, qui plombent la presse locale et donc la démocratie locale ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC.)
Réponse du ministère
M. le président. La parole est à Mme la ministre de la culture. Mme Catherine Pégard, ministre de la culture. Monsieur le sénateur Arnaud, l'importance des médias de proximité n'est plus à démontrer. Qu'il s'agisse de la presse, de la radio ou de la télévision, les médias de proximité sont des acteurs majeurs de notre vie démocratique et, plus globalement, de la vie des territoires. Je ne reviendrai pas sur la menace de voir se développer des déserts informationnels. Je sais à quel point le Sénat est sensible à cette question, puisqu'une mission d'information sur les zones grises de l'information y est en cours, menée par les rapporteurs Laurent Lafon, Agnès Evren et Sylvie Robert. Nul ne peut nier que le modèle économique des médias de proximité est en difficulté. La captation de valeur par les plateformes s'accentue. Les plans de transformation annoncés ces dernières semaines dans les groupes Centre France ou Ebra, ou la mise en vente par le groupe CMA Média de chaînes qui concernent notamment votre département, monsieur le sénateur, témoignent de ces difficultés. En ce qui concerne la presse, des travaux ont été engagés pour conforter son modèle économique. Je songe en particulier à la proposition de loi visant à renforcer l'effectivité des droits voisins des éditeurs et des agences de presse, qui a été adoptée récemment à l'unanimité par le Sénat, après engagement de la procédure accélérée par le Premier ministre. Cette proposition de loi a été notifiée à la Commission européenne en vue de son adoption définitive à l'automne. Il nous faut bien évidemment aller plus loin. Nous étudions des pistes pour faciliter la transformation du secteur et pour accélérer sa numérisation. Il s'agit notamment de faire en sorte que le marché publicitaire bénéficie davantage au secteur, alors qu'aujourd'hui la valeur est de plus en plus captée par les plateformes. Pour ce qui est des télévisions locales, je serai particulièrement attentive aux conséquences des annonces du groupe CMA Média, que j'ai rencontré la semaine dernière. Monsieur le sénateur, la situation est suffisamment complexe pour que nous soyons à l'affût, ensemble, de toutes les initiatives permettant de préserver les médias de proximité et les journalistes. (MM. François Patriat et Thani Mohamed Soilihi applaudissent.) M. le président. La parole est à M. Jean-Michel Arnaud, pour la réplique. M. Jean-Michel Arnaud. Madame la ministre, j'entends votre réponse. Comme vous le savez, défendre et renforcer la presse locale, c'est protéger la République dans tous ses territoires. Je me permets également d'insister lourdement sur le fait qu'il faut agir vite. Une mission d'information est en cours au Sénat, sous l'impulsion notamment du président Lafon. Cependant, nous devons immédiatement trouver des solutions, en particulier pour les télévisions locales. Il faut alléger les charges d'accès au marché publicitaire des télévisions et de la presse quotidienne régionale classique, qui se font vampiriser par les nouveaux supports numériques. Il faut agir vite si l'on ne veut pas se retrouver demain dans une situation comparable à celle des États-Unis. (Applaudissements sur les travées du groupe UC. - M. Louis Vogel et Mme Annick Girardin applaudissent également.)
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