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En bref
L'élaboration d'un plan d'action urgent pour réduire l'exposition au cadmium via l'alimentation et l'agriculture
Qui est concerné ?
Consommateurs et agriculteurs sont directement impactés par les engrais phosphatés contaminés à l'origine de l'exposition au cadmium
À retenir
50 % de la population française exposée au cadmium
Origine : engrais phosphatés contaminés en agriculture
Cancers reconnus : poumon, rein et pancréas
Coût moyen : 63 000 à 71 000 € par patient pour le cancer du pancréas
71 millions d'euros de dépenses directes pour 1 000 cas
Résumé
Le cadmium est un métal lourd cancérogène présent dans la chaîne alimentaire en raison de l'utilisation d'engrais phosphatés contaminés en France. Plusieurs études alertent sur l'exposition massive de la population et ses conséquences sanitaires majeures, dont des cancers du poumon, du rein et du pancréas. La question parlementaire demande la mise en place d'un plan d'action préventif urgent, incluant le renforcement des normes sur les engrais et une campagne de biovigilance. Elle interroge également sur l'opportunité économique d'une telle politique face au coût humain et financier d'une intoxication chronique de masse.
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Question
M. Martin Lévrier interroge Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur l'exposition de la population au cadmium. Selon plusieurs études scientifiques et alertes récentes, environ 50 % de la population française serait exposée à des niveaux préoccupants de cadmium, principalement via la chaîne alimentaire, du fait de l'utilisation d'engrais phosphatés contaminés dans l'agriculture. Le cadmium est un métal lourd reconnu cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer. Il s'accumule dans les reins, les os, et favorise notamment le développement de cancers du poumon, du rein et du pancréas. Or, pour le seul cancer du pancréas, le coût direct de prise en charge par patient est estimé entre 63 000 et 71 000 euros. Pour 1 000 individus concernés - hypothèse pourtant très conservatrice à l'échelle de 30 millions de Français potentiellement exposés - cela représente plus de 71 millions d'euros de dépenses directes, hors pertes indirectes de productivité et de qualité de vie. Il lui demande si le gouvernement envisage de mettre en place un plan d'action d'urgence pour réduire l'exposition de la population au cadmium - notamment par le renforcement des normes sur les engrais, le soutien à une transition agricole rapide et le lancement d'une campagne de biovigilance à grande échelle - et s'il considère que le coût d'une telle politique préventive est inférieur au coût humain et financier d'une intoxication chronique de masse.
Réponse du ministère
M. le président. La parole est à M. Martin Lévrier, auteur de la question n° 1147, adressée à Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées. M. Martin Lévrier. Ma question porte sur un poison silencieux, présent aujourd'hui dans la quasi-totalité de nos assiettes : le cadmium. Le constat de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) est sans appel. Les Français sont imprégnés de ce métal trois à quatre fois plus que leurs voisins européens. Une personne sur deux présente des concentrations trop élevées. Le cadmium a été détecté dans 89 % des produits alimentaires analysés. D'où vient-il ? De nos sols agricoles, chargés par des décennies d'usage d'engrais phosphatés contaminés. Le pain, les céréales, les pommes de terre, nos aliments les plus quotidiens, en sont les premiers vecteurs. Un chiffre devrait tous nous saisir : près d'un enfant sur quatre dépasse la dose tolérable. Et ce métal est tenace : il peut demeurer jusqu'à trente ans dans l'organisme. Or il est reconnu cancérogène depuis 2012. Il favorise les cancers du poumon, du rein, du pancréas, fragilise les os et endommage les reins. Notre imprégnation ne recule pas, elle augmente même depuis 2021. Je dirai un mot de son coût, madame la ministre. Soigner un cancer du pancréas coûte près de 60 000 euros par patient. La prise en charge de mille malades - hypothèse prudente sachant que 30 millions de Français sont exposés - représenterait 71 millions d'euros de dépenses directes. Ma question sera donc double. Le Gouvernement engagera-t-il un plan d'urgence - normes renforcées sur les engrais, transition agricole, campagne de biovigilance - pour enfin agir à la source ? N'estimez-vous pas, comme moi, madame la ministre, que le coût de la prévention sera toujours dérisoire comparé au prix, humain en particulier, mais aussi financier, d'une intoxication chronique de toute une population ? M. le président. La parole est à Mme la ministre déléguée. Mme Sabrina Roubache, ministre déléguée auprès du ministre du travail et des solidarités et du ministre de l'éducation nationale, chargée de l'enseignement et de la formation professionnels et de l'apprentissage. Monsieur le sénateur Lévrier, vous interpellez ma collègue, la ministre Stéphanie Rist, sur l'enjeu majeur de santé publique que représente le cadmium - vous avez raison de le souligner. Les travaux de Santé publique France et de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) montrent qu'une partie de la population française est davantage exposée que celle d'autres pays européens. Cette situation appelle une réponse à la hauteur de l'enjeu. Le Gouvernement agit, d'abord pour mieux repérer les personnes les plus exposées. Depuis le 16 juin dernier, le dosage urinaire du cadmium est pris en charge par l'assurance maladie lorsqu'il est prescrit par un médecin pour des personnes à risque. Ce dépistage s'adresse en priorité aux personnes les plus exposées, notamment celles qui vivent sur des sols pollués ou qui consomment des productions locales susceptibles d'être contaminées - nous parlons bien de prévention. Cependant, il ne repose pas sur un simple critère géographique : c'est le médecin qui apprécie avec son patient si ce test est pertinent au regard de sa situation. Ce dépistage a un objectif très concret : identifier plus tôt les situations à risque afin de permettre la mise en place d'un suivi médical adapté lorsqu'il est nécessaire et donner des conseils pertinents permettant de réduire l'exposition au cadmium. Toutefois, le dépistage ne suffit pas : il faut aussi réduire les contaminations à la source. C'est tout le sens des travaux engagés sur les matières fertilisantes. Le débat parlementaire est en cours, et le Gouvernement y est pleinement attentif. Il prendra ses responsabilités et tirera toutes les conséquences des travaux du Parlement afin de renforcer durablement la protection de la santé des Français. M. le président. La parole est à M. Martin Lévrier, pour la réplique. M. Martin Lévrier. Merci beaucoup, madame la ministre. Vous avez beaucoup parlé du constat et du soin, qui sont très importants. Le plus important restera toutefois la prévention. (Mme la ministre déléguée acquiesce.) La France doit définitivement entrer dans une logique de prévention sur tous les sujets. Il y a urgence.
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