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Bruno Fuchs
Un rapport d’Amin Maalouf insiste sur la question du plurilinguisme, notamment en France.
Amélia Lakrafi
Les organismes que vous avez mentionnés ont été largement cités et auditionnés dans le cadre de notre rapport. Je suis outrée par le récent changement de nom du Bief, qui s’appelle désormais France Livre – The French Publishing Network. Je suis favorable à ce que toute phrase en anglais soit accompagnée de sa traduction française. Je trouve absolument aberrant de passer notre temps à défendre la francophonie tout en donnant des dénominations anglaises à nos institutions. Quant aux pays en guerre dans ma circonscription, notamment la RDC et le Rwanda, l’Assemblée parlementaire de la francophonie constitue un espace d’échange. L’OIF représente les États, tandis que l’APF, représente les parlements. Cette configuration permet aux parlementaires de maintenir le dialogue même lorsque les chefs d’État ne communiquent plus entre eux. Lors des six derniers mois, la région Afrique s’est réunie à deux reprises, à Cotonou au Bénin et à Brazzaville au Congo. Lors de ces commissions, nous avons réussi à faire dialoguer le président de l’Assemblée nationale de la RDC et la présidente de la Chambre des représentants du Rwanda. Ces échanges se sont déroulés dans un climat extrêmement cordial. Je souligne que Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale congolaise, s’est levé pour les commémorations du génocide contre les Tutsis, ce qui constitue un acte fort. Lors de la quarante-neuvième session plénière de l’PAF qui s’est tenue à Montréal en juillet dernier, à l’initiative du président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Adama Bictogo, une mission de bons offices a été proposée. Ainsi, au mois de mai dernier, je me suis rendue avec quatre députés africains à Kinshasa et à Kigali pour rencontrer et auditionner des dirigeants, des ministres, des ambassadeurs, des victimes, des associations et des chercheurs. Nous avons élaboré un rapport destiné au président Faure Gnassingbé, désigné comme médiateur par l’Union africaine. L’une des recommandations formulées lors de notre déplacement en RDC et au Rwanda consiste à créer une commission permanente de parlementaires congolais et rwandais. Contrairement aux précédents accords de paix qui n’ont pas perduré, nous souhaitons instaurer une commission s’inscrivant dans la durée, au-delà de la signature de la paix prévue le 27 juin à Washington. Cette commission permettrait d’identifier les signaux faibles et d’impliquer activement les parlementaires des Grands Lacs.
Amélia Lakrafi
La francophonie économique ne fait nullement défaut dans notre rapport. Nous avons longuement examiné cette question et auditionné un nombre considérable d’entrepreneurs et d’organisations patronales francophones. Nous proposons d’organiser un grand pôle de la francophonie économique en mettant en synergie les différents réseaux entrepreneuriaux. Ces nombreux réseaux rendent plus visibles les enjeux et les opportunités économiques de l’espace francophone qui représente, comme vous l’avez souligné, 16 % de la richesse mondiale, 20 % du commerce mondial et 14 % des réserves mondiales de ressources minières et énergétiques, faisant du français la troisième langue des affaires. Notre objectif consiste à capitaliser sur les multiples propositions émanant des différents réseaux économiques. Nous avons notamment cité l’APF, non pas l’Assemblée parlementaire de la francophonie, mais l’Alliance des patronats francophones, le Forum francophone des affaires (FFA), le Groupement du patronat francophone (GPF), la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones, ou encore le Cercle des clubs d’affaires francophones à l’international que j’ai fondé il y a deux ans. Nous préconisons une meilleure organisation et une mise en cohérence de tous ces réseaux afin de démontrer le dynamisme économique de l’espace francophone et son attractivité. Je prendrai pour exemple les pays du Golfe, les pays de ma circonscription que je connais bien. Désormais, le français est enseigné comme langue vivante obligatoire dans les écoles publiques saoudiennes et émiriennes. Pourquoi ? Parce que ces deux pays, ainsi que le Qatar, souhaitent développer leur présence en Afrique, particulièrement en Afrique francophone. Ils s’intéressent à cette langue pour faciliter leurs relations avec l’Afrique francophone. L’ensemble de cette dynamique et cet écosystème de réseaux francophones des affaires nécessitent une coordination et mériteraient une promotion plus soutenue.
Michel Herbillon
Ma chère collègue, je respecte votre point de vue malgré mon désaccord, mais je ne trouve pas acceptable que vous me mettiez en cause parce que vous êtes, avec mon collègue Aurélien Taché, gênés par la polémique engagée. Aurélien Taché évoque laborieusement un colloque, qui s’est pourtant tenu à l’Assemblée nationale, avec Jean-Luc Mélenchon, sur le sujet de la francophonie, ce dont vous avez le droit. Toutefois, vous ne pouvez pas prétendre ensuite que cela n’a aucun rapport avec notre débat d’aujourd’hui. Je suis surpris qu’Aurélien Taché, avec qui j’entretiens pourtant des relations cordiales malgré nos désaccords, m’ait qualifié d’esprit étroit, ce qui est parfaitement clair. Quant à vous, ma chère collègue, vous citez l’expression « quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ». Je ne suis pas suffisamment « idiot » pour ne pas comprendre que cette formule me visait directement, surtout lorsque vous me regardez en joignant le geste à la parole. Une telle attitude n’est pas normale. Dans la mesure où je suis le seul ici à avoir évoqué la polémique lancée par Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens, dont vous faites partie, cette expression me visait. Je vous demande donc formellement de retirer ces propos et de présenter vos excuses pour cette citation qui me visait personnellement. Bien que nous puissions avoir des opinions divergentes sur certains sujets, le respect mutuel doit prévaloir. Je tiens à souligner que Jean-Luc Mélenchon, qui a siégé dans cette commission pendant cinq ans, comme moi, n’a jamais eu recours à des attaques personnelles envers ses collègues, contrairement à vous et à M. Taché.
Bruno Fuchs
L’échange a eu lieu. Revenons au rapport, à ses propositions et aux redéfinitions nécessaires pour renforcer la puissance et l’influence de la francophonie.
Amélia Lakrafi
Le français doit avant tout être choisi de manière absolument libre, jamais imposé, et doit démontrer une utilité concrète. Cela signifie qu’il doit servir aux jeunes à ouvrir des opportunités d’emploi, d’échanges et de mobilité, comme c’est le cas au Vietnam, au Maroc et dans d’autres pays. Le français doit constituer un tremplin et non une barrière. Concernant les valeurs, au-delà des indispensables principes de paix et de démocratie, je tiens à souligner l’importance du plurilinguisme. De nombreuses études démontrent qu’il est crucial et plus efficace d’accéder à la connaissance par sa langue maternelle. Nous devons donc promouvoir ce plurilinguisme, faciliter l’accès au savoir par la langue maternelle tout en développant le français comme langue internationale. Notre langue doit faciliter les connexions et constituer un facteur d’émancipation que nous devons promouvoir.
Bruno Fuchs
Concernant les baisses budgétaires, j’ai personnellement rendez-vous avec le ministre des affaires étrangères demain matin pour aborder cette question. Ces réductions se révèlent brutales et mettent en grande difficulté l’ensemble des opérateurs ainsi que le projet francophone.
Amélia Lakrafi
Les trois registres existent et méritent tous d’être respectés. Quand nous évoquions le cas de la chanteuse Aya Nakamura, tristement harcelée par de nombreuses personnes, il faut reconnaître que son français doit être respecté. Beaucoup déplorent le déclin de l’utilisation du français dans nos organisations internationales, mais je crains que nous ne la déplorions encore davantage à l’avenir, car la représentation française s’en accommode, ce qui constitue un véritable problème. À Bruxelles, le budget le plus important est précisément celui de la traduction. Utilisez donc le français et vos traducteurs ! Il est absolument inacceptable de basculer vers l’anglais, d’autant plus que le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne. J’ai été attristée, lors de notre récent séjour de deux jours à Bruxelles, de constater que nos fonctionnaires s’accommodent parfaitement de l’usage de l’anglais sous prétexte que « cela va plus vite ». Je ne partage absolument pas cette vision.
Aurélien Taché
Je ne souhaite pas engager un débat sur les prétendus bienfaits du colonialisme, ce qui nécessiterait considérablement plus de temps. J’affirme simplement que le français appartient effectivement à tous ceux qui le parlent, donc également aux Français. Je tiens cependant à souligner un point important : parmi tous les pays qui s’investissent aujourd’hui pour la progression de cette langue à travers le monde, ce ne sont ni les pays d’Afrique, ni la France qui déploient les efforts les plus remarquables. Je considère que le Québec, malgré sa taille modeste, consacre des ressources considérables, proportionnellement à ses capacités budgétaires et démographiques, pour que la langue française continue de se développer mondialement. Nous pouvons ainsi décentrer le débat et constater que la « mère patrie linguistique » n’est pas nécessairement la plus engagée dans ce domaine.
Sophia Chikirou
Je ne vous présenterai pas d’excuses, car il s’agit d’une expression de la langue française, qui n’a rien d’insultant. Cette expression, sorte de proverbe, traduit simplement une idée par une image. Ce n’est nullement une insulte et ne mérite donc pas d’excuses. Je défends et soutiens que Jean-Luc Mélenchon, tout comme Aurélien Taché, affirme que la langue française est un bien commun, résultat d’une créolisation que nous revendiquons. Nous pourrions tout à fait dire, au lieu de « langue française », « langue créole », tant elle est partagée avec 29 États et des centaines de millions de personnes. Qu’y a-t-il de criminel dans cette affirmation ? Vous cherchez à susciter des polémiques franchouillardes. C’est un sketch que vous avez entamé ce matin. Allez donc vous amuser sur les réseaux sociaux, mais, ici, nous traitons de sujets sérieux.
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