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Frédéric Petit
. Je souhaite ajouter une remarque concernant les projets existants, rejoignant ainsi les propos d’Amélia Lakrafi sur la nécessité de revitaliser et réorganiser l’existant plutôt que de créer de nouvelles institutions. Il existe déjà un remarquable dictionnaire francophone qui fonctionne parfaitement et qui recense l’ensemble des expressions francophones, incluant le créole et d’autres variantes. Je vous invite vivement à le consulter, c’est un outil absolument extraordinaire. Sans pouvoir préciser l’organisme qui le développe, je partage largement la vision que vient d’exprimer mon collègue Roumégas.
Michel Herbillon
Je tiens à remercier nos deux rapporteurs pour leur travail, leur engagement au service de la francophonie et leurs propositions très concrètes. Je salue également l’engagement de longue date du président Fuchs sur la francophonie. Toutefois, alors que ce rapport était très attendu, notre débat de ce matin se trouve heurté par les propos outranciers de M. Jean-Luc Mélenchon, relayés par vous-même, monsieur le rapporteur. Cette situation est regrettable, car le sujet de la francophonie est bien trop important pour faire l’objet d’une telle caricature. Pour M. Mélenchon, pour La France Insoumise et pour vous-même, l’urgence pour la francophonie semble être de trouver un autre mot pour la qualifier, en substituant aux mots « langue française » ceux de « langue créole commune ». Le français, langue officielle de vingt-neuf pays, est partagé dans le monde entier. Avec l’ensemble des locuteurs, nous la chérissons. Ce sont d’ailleurs des étrangers qui nous disent qu’il s’agit de la plus belle langue du monde, dont l’harmonieuse mélodie la rend singulière dans le concert des langues. Pour Jean-Luc Mélenchon et ses acolytes, la langue est un objet politique. Il leur paraissait donc indispensable et urgent d’en faire une polémique et, disons-le clairement, un peu de politique. Personne n’est dupe de cette volonté perpétuelle de déconstruction de nos fiertés nationales, attitude qui dessert tant la francophonie que la France elle-même. Je tiens à vous remercier d’avoir abordé la question essentielle de la domination de l’anglais dans les institutions européennes et du recul progressif du français, langue fondatrice de l’Union européenne. Ce phénomène, que j’avais déjà analysé il y a de nombreuses années dans un rapport pour la commission des affaires européennes intitulé L’Europe en VO, est loin d’être symbolique. Il se traduit concrètement par des réunions conduites sans interprétation, des documents internes rédigés quasi exclusivement en anglais ou encore des programmes d’envergure portant systématiquement des noms anglais comme NextGenerationEU, ReArm, SAFE et bien d’autres. Face à ce constat, je salue les propositions ambitieuses formulées dans votre rapport qui visent à inverser la tendance. Dans le cadre de vos travaux, vous avez rencontré des représentants de la Commission européenne à ce sujet. Pourriez-vous nous préciser leur position ? Ont-ils pleinement conscience de l’ampleur du déséquilibre linguistique actuel ou observe-t-on plutôt une acceptation silencieuse d’un système désormais entièrement tourné vers l’anglais, au détriment de toutes les autres langues officielles ?
Aurélien Taché
Le rôle des Instituts français et des Alliances françaises revêt une grande importance dans la promotion de la langue française. Ils s’adressent non seulement à ceux qui apprennent le français à l’école, mais également à tous ceux qui choisissent d’étudier notre langue. Ce phénomène s’observe dans différents pays, que certains qualifient d’archipels francophiles et francophones. L’Égypte illustre cette réalité avec ses 3,5 millions de locuteurs francophones. Cette présence ne résulte pas d’un apprentissage systématique du français dans le système éducatif égyptien, mais d’une véritable volonté de nombreux Égyptiens d’apprendre cette langue. Il est donc impératif de continuer à soutenir les efforts des Alliances françaises et des Instituts français en matière d’enseignement du français. À Saint-Louis au Sénégal, nous avons vu des initiatives très intéressantes. Face à la baisse de fréquentation, l’Institut français a entrepris un travail important pour atteindre de nouveaux publics, dans un contexte où les grandes entreprises de la région sollicitent des formations pour leurs salariés. Cette démarche porte ses fruits, démontrant l’importance de soutenir ce réseau. Les réductions budgétaires qui affectent toutes les institutions de la francophonie et la diplomatie culturelle feront beaucoup de mal aux projets francophones si nous n’intervenons pas.
Amélia Lakrafi
Je vous remercie sincèrement, chers collègues. Je craignais une participation limitée, la francophonie pouvant parfois sembler un concept abstrait suscitant moins d’intérêt parmi nos collègues français. Pour moi, la francophonie représente avant tout une famille. On peut en hériter naturellement ou la rejoindre par passion et curiosité. Comme dans toute famille, les désaccords et les réconciliations se succèdent, mais la solidarité s’exprime toujours face aux difficultés. La mobilité constitue également une dimension essentielle : pouvoir étudier au lycée français de Dakar, effectuer un stage à Rabat, obtenir un premier emploi à Kinshasa ou participer à une résidence d’artistes à Paris. La francophonie incarne donc simultanément une famille, un espace de mobilité et une source d’espoir pour de nombreux jeunes, particulièrement en Afrique. Les projections indiquent qu’en 2030, plus de 70 % des francophones seront africains. Nous devons par conséquent faire preuve de dynamisme pour apporter espoir et connaissance à cette jeunesse.
Bruno Fuchs
Je souhaite inviter nos deux rapporteurs à conclure, notamment sur leurs propositions, et peut-être à partager leur sentiment personnel sur nos échanges. Nous avons exploré les multiples dimensions de la francophonie, mais la question fondamentale demeure : qu’offre concrètement la francophonie au XXIe siècle à plusieurs millions de jeunes ? Quelle est l’identité contemporaine de la francophonie ? Notre impression est qu’elle vit encore largement de son héritage historique et linguistique. Par ailleurs, avec l’essor des questions de gouvernance démocratique et de droits humains, une réflexion approfondie s’impose pour déterminer comment la francophonie peut demeurer attractive et utile au monde. Dans un environnement international profondément dérégulé, marqué par des violations récurrentes du droit international, l’espace francophone pourrait incarner un modèle de multilatéralisme, de respect du droit, de défense des libertés publiques et de promotion de la paix. C’est précisément cet espace que nous devons consolider et développer. Malheureusement, les réductions budgétaires et les constats de ce rapport démontrent que cette dimension essentielle n’est pas suffisamment valorisée, alors qu’elle est fondamentale pour le modèle de société que nous proposons à nos concitoyens. Je vous laisse maintenant chacun un mot de conclusion.
Jean-Paul Lecoq
Je vous remercie pour ce rapport de qualité. Je conserve en mémoire l’époque où le français était porteur de tant de valeurs et où, du fait du siècle des Lumières, il était parlé au-delà des colonies. Lors de mon premier voyage en Union soviétique, les Russes montraient avec fierté leur maîtrise du français et m’expliquaient leurs motivations pour l’apprendre. Ils avaient choisi cette langue pour lire la littérature française et maîtriser la langue du pays où la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen avait été imaginée. Ils souhaitaient partager toutes ces valeurs que représente notre langue. Le français n’est pas uniquement une langue diplomatique, bien qu’elle soit l’une des premières langues officielles à l’ONU. Elle constitue également un vecteur de transmission culturelle. Nous disposions de centres culturels français dans de nombreux pays, mais, à une époque où le Quai d’Orsay privilégiait les économies budgétaires, nous avons accepté de nous séparer de ces centres, sans comprendre que ce patrimoine était particulièrement utile à la diffusion de nos idées et de nos valeurs. De même, l’Institut français ne bénéficie pas nécessairement de moyens supplémentaires pour développer des actions culturelles dans de nombreux pays. Au contraire, on lui impose des restrictions budgétaires. Je souhaiterais avoir une pensée pour l’Institut français de Gaza, qui constituait l’une de nos fiertés. J’y ai passé du temps, avec des personnes profondément motivées, notamment par ce que représente la France, qui portaient ces idées à Gaza. Il était étonnant de constater que cet institut attirait un grand nombre de jeunes motivés à l’idée d’apprendre la langue française. Je crains malheureusement que peu de ceux qui y travaillaient soient encore en vie aujourd’hui.
Amélia Lakrafi
Je partage votre constat : nous avons entendu des mots forts, importants et ambitieux de nos dirigeants à Villers-Cotterêts, mais les actes, huit mois plus tard, avec des coupes budgétaires considérables, anéantissent totalement ces ambitions. Cette incohérence constitue une erreur fondamentale. Sur l’organisation institutionnelle, sans connaître le détail de vos propositions de nouvelles structures, j’estime que nous pouvons répondre à vos ambitions en réorganisant l’existant de manière plus efficace. Concernant les étudiants, nous déplorons — et je l’ai exprimé aux dirigeants canadiens — que la majorité des étudiants africains francophones formés dans nos lycées français à l’étranger choisissent désormais le Canada, pays en recherche de main-d’œuvre et d’intellectuels francophones, plutôt que la France. Nous investissons des centaines de milliers d’euros dans le réseau de l’Agence de l’enseignement français à l’étranger – réseau qui souffre également dans le nouveau budget – pour former des élèves qui partent finalement au Canada. J’ai d’ailleurs suggéré, avec courtoisie, aux Canadiens de nous laisser ces étudiants ou de participer au financement de l’Agence. Je regrette profondément cette perte d’attractivité française pour les étudiants étrangers, causée notamment par les difficultés de délivrance des visas qui ont terni notre image dans certains pays.
Bruno Fuchs
Je vous remercie pour ce rappel des fondamentaux concernant la francophonie politique et la réflexion nécessaire pour repenser sa doctrine afin de la rendre attractive, notamment auprès des jeunes populations. Je ne pense pas qu’on devienne mécaniquement francophone simplement parce qu’on évolue dans un espace francophone. Ces questions doivent être posées et nous attendons vos propositions, qui sont déjà nombreuses dans votre rapport.
Michel Herbillon
Le langage soutenu est certes l’un des registres, mais il s’agit de la norme.
Michel Guiniot
Je souhaite formuler quelques observations sur les points qui viennent d’être abordés. Concernant Villers-Cotterêts, nous n’avons jamais eu l’occasion, en tant que membres de la commission des affaires étrangères, d’être conviés à une quelconque visite ou réunion. Cette exclusion concerne même ceux qui résident dans la région, comme moi-même, domicilié à seulement 40 kilomètres du site précisément, étant Picard. Je considère cette situation profondément regrettable et y vois une véritable ségrégation à l’encontre de certains membres de notre commission. En second lieu, j’ai entendu précédemment que la langue française serait une survivance coloniale. Faudrait-il alors comprendre que l’apprentissage de l’allemand constitue une survivance de l’Occupation, l’anglais une survivance de la guerre de Cent Ans, et l’espagnol peut-être une survivance des conquistadors ? Puisque nous évoquons Villers-Cotterêts, une citation attribuée à François Ier me revient à l’esprit, qui définit parfaitement ce qu’est la langue française à mes yeux : « On parle aux chevaux en allemand, on parle aux femmes en italien, on parle à Dieu en espagnol et on parle aux hommes en français. » Cette citation me semble exprimer l’essentiel. Je souhaite également aborder ce que vous développez aux pages 128 et suivantes concernant les mobilités dans l’espace francophone. Vous soulignez très justement que la francophonie de l’avenir doit faire l’objet de chantiers stratégiques unissant les francophones pour les amener à accomplir de grandes réalisations communes. Une réponse conjointe aux défis migratoires qui sont posés à la France, comme aux pays francophones, est une nécessité croissante. L’espace de la francophonie, autant que la langue que nous partageons, doit être un vecteur de stabilisation des relations entre les pays, et non un prétexte à l’importation d’une population venant pour des motifs économiques. Pour reprendre les termes du rapport, la migration doit être circulaire. Les individus qui migrent, notamment les étudiants venant se former en France, doivent illustrer que le partage d’une langue commune permet les échanges et que l’apprentissage dans un pays doit contribuer à l’enrichissement de l’autre, par le retour vers leur pays d’origine. Force est de constater que ce n’est actuellement pas le cas. Vous proposez de créer un visa francophone. Qu’en serait-il d’apporter une réponse commune aux défis migratoires, particulièrement face aux individus allophones ?
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